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La maladie mentale dans la famille Distribution : Benôit : un homme chez qui on a diagnostique
un maladie mentale; Ils le savaient probablement tous, mais personne ne voulait l'admettre. Quand ils ont appris d'un médecin que leurs craintes étaient fondées, les membres de la famille de Benoît étaient découragés. Ses parents, son épouse et son enfant avaient maintenant un malade mental dans la famille. Benoît : Quand tout a commencé, j'ai eu peur. J'étais vraiment terrifié. Je ne sais comment je pourrais le décrire à quelqu'un qui ne l'a pas vécu. C'est comme si plus rien dans ma vie n'avait de sens. Je me souvenais qu'autrefois j'avais des espoirs, des rêves, des projets, mais soudain, tout semblait perdu. Je me sentais comme si j'avais été balayé par un ouragan et plongé dans un précipice. Micheline : Je suis l'épouse de Benoît. Je l'aime et je l'aimerai toujours. Mais c'est tellement frustrant de voir quelqu'un qu'on aime changer de cette façon sans qu'on ne puisse faire quoi que ce soit. Je ne cessais de penser : «Il doit pourtant y avoir quelque chose que je peux faire. Il doit y avoir une façon pour moi de l'aider à s'en sortir. Sinon, je vais avoir l'impression d'être une mauvaise épouse.» Claire : En tant que mère de Benoît - j'hésite encore à l'admettre - j'avais tellement honte. Je me souviens que son père aussi avait honte et faisait tout pour que personne ne le sache. Nous pensions que ça devait être notre faute. Je me répétais constamment : « 'Faut pas que tu te blâmes pour ça, tu as un autre fils qui va très bien.» Mais ça ne m'aidait pas. Quand je pensais à mes petits-enfants, j'étais bouleversée.
C'est une chose qui se produit tellement souvent quand une maladie mentale apparaît. La famille et les amis cherchent désespérément une explication. Ils veulent à tout prix en connaître les causes. Un sentiment de déshonneur s'installe et le stress devient accablant. Bientôt, les accusations fusent. Chacun, même Benoît, essayait de jeter le blâme sur quelqu'un ou sur quelque chose. Benoît : Parfois, je sentais que j'étais responsable de ce qui arrivait et que je deviendrais un fardeau pour ma famille. Je ne saurais vous décrire mon désespoir dans ces moments-là. Mais ensuite, je me disais : «Je n'ai jamais demandé à être malade!». Par contre, je me fâchais contre ma fille, contre Micheline, contre ma mère ou mon frère. Je leur disais : «Écoutez, ce n'est déjà pas un cadeau d'essayer de passer à travers sans que vous me culpabilisiez en plus!» Sylvie : Quand mon père se mettait en colère, je lui disais : «Mais, Papa, tu sais bien que je t'aime.» Mais il s'en allait toujours. C'était comme si on me punissait sans raison... comme si la maladie de mon père, c'était de ma faute! Il fallait toujours que je sois sage comme une image. Mais, il se mettait quand même en colère. Benoît : Il faut que j'arrête de me raconter des histoires. Ce n'était pas de leur faute. Mais qu'ils en aient parlé ou non, je me sentais coupable. Ensuite, je me mettais en colère. Qu'est-ce que je pouvais faire? Je me sentais coupable de ne pas pouvoir travailler, de ne pas être capable de me débrouiller tout seul. C'était un supplice de voir mes meilleurs amis devenir des étrangers et les membres de ma famille se transformer en gardes-malades. Même s'il a été difficile pour la famille de Benoît d'accepter son état et d'assumer les responsabilités qui s'y rattachaient, ils ont bien réagi en le confiant aux soins médicaux dès le début. Les amis ont aussi aidé. Benoît : Yvon ne fait pas partie de ma famille mais c'est un ami, un vrai. Comme les autres, il aurait pu s'effacer mais il a décidé de rester et de nous aider. Ça, je ne l'oublierai jamais. Jamais. Micheline : Je suis très reconnaissante à Yvon pour tout ce qu'il a fait. Nous nous obstinions à trouver une façon d'expliquer le comportement de Benoît. Mais c'est Yvon qui nous a convaincus de l'emmener voir notre médecin de famille. Une fois que nous avions franchi cette étape, nous étions sur la bonne voie. Yvon : J'avais remarqué que Benoît agissait de façon étrange - comme si ce n'était plus le Benoît que je connaissais, si vous voyez ce que je veux dire. Alors, je pense que j'ai insisté un peu auprès de la famille, vous savez, pour qu'il se fasse soigner. Ils n'ont pas été difficiles à convaincre grâce au fait que j'étais un peu à l'extérieur de la situation et qu'ils savaient qu'ils pouvaient me faire confiance. Je suis convaincu que ça été une bonne chose d'avoir pu déceler sa maladie très tôt. Jean : En ce qui concerne mon frère Benoît, j'apprécie ce que les médecins ont fait pour lui - à partir de notre médecin de famille qui l'a vu en premier jusqu'aux psychiatres qui l'ont accueilli et qui l'ont soigné pendant sa maladie. Au début, nous étions un peu intimidés - après tout, ce sont des médecins. Nous pensions qu'ils ne voudraient pas entendre nos opinions. Mais nous avions plusieurs questions à leur poser et une fois que nous avons trouvé le courage de les questionner, nous nous sommes rendus compte qu'ils nous écoutaient et nous avons obtenu des réponses. Benoît : Le plus important pour moi, c'est que les médecins m'écoutent sans me juger. Aussi, j'ai appris à m'exprimer, à ne pas laisser les choses s'accumuler sans dire un mot. Dans ce sens-là, mon groupe de soutien m'a beaucoup aidé. C'est un endroit où je peux parler à des gens qui ont vécu les mêmes expériences que moi. Je crois aussi qu'il a été très utile pour ma famille de fréquenter un groupe de soutien de leur côté. Les médecins ne peuvent pas être à vos côtés à chaque instant. Mais il existe d'autres formes de soutien dans le milieu. Il s'agit simplement de les découvrir. Comment les membres d'une famille peuvent-ils s'entraider? Benoît : Mon frère m'a vraiment aidé. Quand je lui parle, il m'écoute et je n'ai pas l'impression qu'il porte un jugement immédiat sur tout ce que je dis. De cette façon, je me sens appuyé. Jean : Je sens que je dois protéger Benoît. Ça me fâche quand les gens pensent qu'il est anormal aussitôt qu'on parle de maladie mentale. J'essaie de leur faire comprendre qu'il s'agit d'une maladie comme une autre. Si Benoît avait la jambe cassée, les gens seraient tous sympathiques. Mais quand on leur explique ce qui se passe vraiment ils ne savent plus quoi dire et s'éloignent. Qu'est-ce que je peux leur dire? «Désolé, mais mon frère a une maladie honteuse?» Sylvie : Il a fallu que je perde mes idées préconçues face aux maladies mentales. Maintenant, je réfléchis sérieusement et j'essaie de ne pas tirer de conclusions trop vite. Au début, mes amis pensaient que c'était comme la peste et que ça finirait par m'atteindre un jour. Je commence à comprendre que mon père est tout simplement malade, qu'il n'est pas perdu pour toujours et qu'il n'est pas dangereux. Benoît : Les gens ont des idées bizarres quand ils sont confrontés à des personnes différentes. Souvent, ils me traitent avec condescendance. Ça me fâche! Parce que je suis atteint d'une maladie, ça ne veut pas dire que j'ai cessé d'être un adulte et que je ne suis plus conscient de mes besoins. Voici ce que je voudrais faire comprendre à ma famille et à tous ceux qui m'écoutent. C'est simple. Traitez-moi avec respect. D'accord? Encouragez-moi quand j'essaie de prendre soin de moi-même. Acceptez mes limites. Ne vous attendez pas à des miracles dès le départ pour ensuite perdre tout votre respect quand je ne réussis pas. Les maladies mentales ne rendent pas les gens dangereux. Elles ne devraient pas entraîner le rejet de ces personnes et de leur famille. Si nous nous efforçons d'écouter avec un esprit ouvert, nous serons peut-être surpris par ce que nous entendrons. Avant de blâmer les autres, il faudrait peut-être corriger les attitudes qui sont à la source de ce blâme. Benoît : Grâce à l'appui de ma famille et à leur bienveillance, je sens que je me rétablis et que je pourrai aller très loin. Je voudrais, avant tout, être aussi autonome que possible. Avant ma maladie, j'avais des projets énormes, des rêves de succès. Aujourd'hui, le succès consiste à pouvoir payer le loyer de notre logement et occuper un emploi qui me procure un revenu convenable. J'espère qu'un jour, je serai en mesure de poursuivre des projets plus ambitieux. Je ne saurais vous dire toutes les difficultés que j'ai connues. C'est un combat qui recommence chaque jour. Mais de plus en plus, je gagne le combat et avec chaque victoire, je recommence à aimer la vie. Claire : J'ai vécu des périodes difficiles où j'avais l'impression que tous mes voisins me méprisaient, que ma famille ne m'aimait plus et que Benoît et Micheline me rejetaient carrément. Aujourd'hui, ça va mieux. Plus je les écoute et plus j'essaie sincèrement de les comprendre - surtout en ce qui concerne Benoît - plus les choses s'améliorent. Benoît : C'est comme si je traversais des cycles: parfois, j'ai besoin que ma famille soit proche et d'autres fois, j'ai besoin de régler mes problèmes par moi-même. Je sais que cela rend la vie pénible pour tous ceux qui m'entourent. Pourtant, tout ce que je demande à ma famille, à mes amis et aux médecins, c'est d'affronter la maladie avec moi. S'ils acceptent et si nous continuons à dialoguer, je suis convaincu que nous vaincrons tous les obstacles et que rien ne pourra nous arrêter. L'Association des psychiatres du Canada désire remercier toutes les personnes chez qui on a diagnostiqué une maladie mentale ainsi que les familles aux prises avec la maladie mentale qui ont contribué à cette brochure. Brochure produite à l'aide d'une subvention à l'éducation médicale de : Eli Lilly Canada Inc., Pfizer Canada Inc., SmithKline Beecham Inc. |